Les troubles de l’écriture à l’école :
Pourquoi et que faire ?

 

« L’écriture, comprise comme trace vivante et identitaire a sa place dans toute société »

 

Lors du récent colloque sur « les troubles de l’apprentissage », le CECP et la commune de Sambreville invitaient les enseignants à mieux s’informer sur les origines des «dys» et les actions à mener dans les classes.

À deux reprises, Tatiana De Barelli est intervenue pour partager son expérience sur les troubles de l’écriture. Voici un article reprenant le contenu de la présentation.

Dans les troubles de l’apprentissage, la dysgraphie handicape l’élève tout au long de sa scolarité. Les enjeux de l’acte d’écrire sont dès lors multiples et essentiels.

 

Situation actuelle

Aux États-unis, une étude menée par Jeanette FARMER, American Handwriting Analysis Foundation, révèle que 30 % des enfants sont dysgraphiques. Lors d’un colloque en janvier dernier, 2 états ont déjà décidé de ne plus imposer l’apprentissage de l’écriture manuscrite à l’école… 99 % des étudiants de collèges et hautes écoles estiment que la prise de note à la main est très importante. Et chez nous ? Actuellement, bien qu’un enfant sur trois ait des diffcultés d’écriture en troisième primaire, aucune méthode d’apprentissage de l’écriture n’est préconisée en Fédération Wallonie-Bruxelles. Bien que les Socles de compétences apportent des balises, le respect de la liberté des méthodes comporte des risques, les points de vue et exigences des enseignants face à l’acte d’écrire étant parfois bien différents.

 

La trace, nécessité humaine

Laisser sa trace, que ce soit sous forme de graphisme, de dessin, d’écrit formel; que ce soit sur la pierre, sur du parchemin, sur sa main, … est un acte nécessaire et naturel, de tout temps, lié au sacré.

 

Écrire, c'est bon pour le moral !

L’écriture implique l’attention visuelle, la synchronisation des deux hémisphères cérébraux, ainsi qu’une activité motrice fine. C’est donc une des activités neuromusculaires les plus difficiles.
L’écriture cursive permet le développement des deux hémisphères du cerveau, ce qui entraîne non seulement une facilité dans l’accès au langage et aux habiletés psychomotrices complexes, mais aussi des capacités de mémoire plus profondes. Il est par ailleurs scientifiquement prouvé que la créativité est encouragée par l’écriture manuscrite et que l’acte sensoriel de l’écriture développe les capacités du cerveau et la fluidité du langage.
Que du bonheur !

 

Écrire, c’est bon pour les apprentissages !

La formation des lettres pour écrire implique plus de séquences exécutives, de réflexion, de mémoire de travail que la frappe d’une lettre par touche du clavier, entraînant par là une stimulation plus grande des neurones et un apprentissage plus intensif.
Virginia BERNINGER, de l’Université de Washington, a d’ailleurs relevé que les enfants de 4 à 6 ans écrivent et mémorisent plus de mots, écrivent plus vite et expriment plus d’idées que les enfants plus âgés, rompus à l’utilisation d’ordinateurs.

 

Et au quotidien, dans ma classe ?

Selon Tatiana DE BARELLI, les enjeux de l’acte d’écrire en classe sont multiples :

  • Psychologiques: Les dessins et écritures sont projectifs. Ne pas arriver à se projeter symboliquement sur la feuille de papier, angoisse. Ne pas offrir ou respecter l’écrit, c’est nier une expression de l’humanité de l’autre. Offrir des espaces d’écriture intime (un cahier personnel), l’accès à une écriture fluide ouvrent la possibilité d’expression intime (entre moi et moi) et de communication pour l’enfant et / ou le jeune.
  • Pédagogique : Presque toute évaluation passe par l’écrit.
  • Culturels : En dehors de l’acte formel de l’écriture, une forme de pensée, souvent liée au sacré, accompagne l’écrit.
  • Instrumentaux : Le schéma corporel, la tenue du crayon, la posture, …

Pour s’approprier l’écrit, Tatiana préconise la création d’espaces d’écriture, modulables en fonction de la situation, des classes et de l’âge, du lieu et du moment dans l’année. L’objectif premier étant de créer des liens entre le milieu de vie de l’enfant et l’école.

 

En maternelle déjà…

L’écriture est un contenant, c’est la forme en mouvement qui « contient » la pensée. Avant d’y arriver le petit enfant va se situer dans des contenants d’autres ordres : l’espace le corps les supports verticaux les supports horizontaux les grandes feuilles, puis les lignes.

Le prénom devient « mot-contenant » écrit de la manière logique aux débuts : en lettres détachées, souvent en miroir. Les repères de gauche (on commence à écrire à gauche de la feuille et en haut de celle-ci) seront bien mis en évidence, permettant à l’enfant de l’acquérir sous forme d’habitude. C’est la combinaison efficace du mouvement et de la forme, avec exibilité, souplesse et vitesse qui offre un résultat utile, automatisé.

Madame DE BARELLI insiste, « pour que toutes ces situations soient vécues comme invitations à l’écrit, elles doivent sécuriser l’enfant constituant des repères clairs et évolutifs », puis, nous invite à prendre conscience de l’impact psychologique lié à l’écrit, par une mise en situation :

  • Écrivez « Je suis le (la) meilleur(e) » en utilisant sa main dominante.
  • Réalisez ensuite le même exercice avec l’autre main…
  • Quelles sensations ressentez-vous ?

Cet exercice est plus lent, énerve, on ne sait pas trop comment tenir son crayon, sa feuille, … Bref, on est mal à l’aise car on a perdu nos repères… Et on ressent alors physiquement ce qui doit être mis en place pour automatiser le geste d’écriture !

 

Apprendre à écrire

Outre l’importance de la posture, une certaine continuité dans la méthode employée dans chaque classe facilite grandement l’apprentissage. Gardons par ailleurs en mémoire que la lettre cursive, qui permet moins d’interruptions de geste, est d’un accès plus facile, la question du «raccord» lettre-mot posant nettement moins de problèmes.

 

Comment simplifier cet apprentissage ?

  • Par l’utilisation de repères précis. Mais attention, les « cahiers à trois lignes » offrent un espace réducteur s’ils sont utilisés trop tôt : l’enfant n’arrive pas à installer un mouvement dans un espace si petit. Donc, pour bien faire, il va perfectionner son mouvement et ralentir le geste.
  • En travaillant les mouvements, de telle sorte que la vitesse soit liée à l’écrit.
  • En créant des situations d’écriture motivantes : écrire des histoires pour les lire aux plus petits, correspondre avec une autre classe, profiter de l’écriture pour faire connaître sa culture, ses origines, … Donner du sens à l’acte d’écrire le rend tellement passionnant pour l’enfant qui, entraîné par le désir de bien faire, soigne la rédaction et l’orthographe. Tellement plus motivant que les sempiternelles dictées…
  • En intégrant l’utilisation de l’ordinateur.
  • En comprenant que lire n’est pas écrire.

 

Dysgraphie

  • Extrême lenteur ;
  • crispation, douleur ;
  • manque de soin ;
  • liaisons maladroites ;
  • illisibilité, lettres confondues ;
  • Non-respect de la ligne ;
  • Automatisation impossible ;
  • Etc.

 

La graphothérapie

Qu’est-ce que c’est ? C’est tout simplement une rééducation de l’écriture. Elle nécessite une prise en charge individuelle, la construction avec l’élève de stratégies de compensation pour écrire ou pour utiliser l’ordinateur. À l’école, les diffcultés liées à l’écriture représentent une préoccupation réelle.
Pour y répondre, T. DE BARELLI propose de sortir de la vision uniquement instrumentale et véritablement penser l’« espace écriture » en fonction du sens : communiquer et s’exprimer, exister dans le monde, y laissant sa trace dans le temps et dans l’espace.
« Nous savons de manière scientifique que l’écriture manuscrite permet le développement de zones du cerveau destinées aux apprentissages. L’ordinateur et les nouvelles technologies sont nos alliés pour cette tâche. Les portes du monde nous sont ouvertes et l’accès aux écritures multiples est à portée de clavier. La correspondance de Freinet devient tchat et mail, le temps n’existe plus et l’espace écriture est ici et maintenant, ensemble, de tous côtés de la planète.
Belle opportunité pour une nouvelle aventure d’écriture. »

Tatiana De BARELLI est licenciée en Sciences de l’Éducation et graphologue, spécialiste de l’interprétation du dessin et de l’écriture. Coach pédagogique, elle accompagne l’enfant, le jeune et l’adulte dans la découverte de leurs propres ressources, à travers le langage écrit. Elle intervient régulièrement lors de colloques internationaux, enseigne en école normale et de graphologie, en Belgique mais aussi en Amérique latine, au Québec et en Afrique de l’Ouest. En janvier 2008, elle a créé l’a.s.b.l. Éduc’Art «lorsque l’éducation devient un art, pour développer, avec une équipe multidisciplinaire, des conférences, formations et animations originales autour de l’accès à l’écriture, destinées aux enfants, aux enseignant(e)s, aux logopèdes, aux parents.
L’approche est ludique et créative, tenant compte du mouvement, du schéma corporel, du rythme, de la spatialité. L’écriture s’inscrit dans le cadre de la non-violence, dans une dimension interculturelle.

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